Une musique est l’expression d’une société.
Les sociétés occidentales avant 1800 sont traditionnelles.

Bach, Vivaldi, Rameau : musiques hautement savantes certes, mais aussi musiques traditionnelles, dont l’apprentissage et l’exécution reposent sur l’imitation et la transmission orale. Les musiques classiques chinoises et japonaises par exemple, font la part belle à l’écrit (les exécutants utilisent des partitions), mais sont des musiques traditionnelles. La musique sous l’ancien régime a un sens et une fonction, elle n’est pas décorative comme elle l’est souvent de nos jours où de surcroit, elle tend à devenir de consommation. C’est pour cette raison que vivre aujourd’hui les musiques traditionnelles est à notre sens, vital.
Pourquoi? Pas pour tout mélanger, pas pour jouer une gigue de Bach comme une gigue irlandaise ou une bourrée de Rameau comme une bourrée auvergnate; mais pour appréhender, pour sentir de l’intérieur ce que les musiques anciennes et les musiques traditionnelles ont en commun d’universel et d’intemporel.

C’est par l’approfondissement et la maîtrise de valeurs musicales telles que le swing, l’articulation, la mesure, l’ornementation, la variation, que l’on peut véritablement donner son sens à la pratique contemporaine de ces musiques.

Cultiver ces valeurs mène à la notion de base suivante : la rigueur dans la souplesse et la souplesse dans la rigueur; ou en un mot, la sensation du mouvement. Le mouvement d’un homme qui marche, évoqué par Rameau dans son Traité de l’Harmonie (1722) est identique en tous lieux et en tous temps: soulevé / posé, effort / repos, inspir / expir : dualité universelle et intemporelle à laquelle un questionnement de chaque instant peut nous permettre de goûter…

"L'expérience montre, que ceux qui sont élevés dans une bande de Musiciens de commun, & qui ont joué beaucoup pour la Danse, sont meilleurs Ripienistes, que ceux qui ne se sont exercés que dans la manière galante de jouer, & dans une seule sorte de Musique." Johann Joachim Quantz, Essai (1752), p 186.

Plus qu’un simple ensemble de musique, nous souhaitons que Les Musiciens de Saint-Julien soient un vrai laboratoire où toutes ces questions soient au cœur du travail pour l’épanouissement de chacun, la joie du public et l’émotion partagée.