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1. De toutes les métamorphoses, la première et la plus mystérieuse est celle d'une musique en un mouvement. Par la grâce inexpliquée d'une impulsion
jaillie au plus intime de l'être et de sa sensibilité, voici que surgit la danse, d'abord purement instinctive, puis au fur et à mesure plus raisonnée, jusqu'à devenir la chorégraphie, art complexe et sophistiqué, mais jamais coupé cependant de sa racine primitive. Cette relation mystérieuse entre la musique et le mouvement, voilà l'origine du nouveau spectacle de l'Eventail. Voilà
aussi la clé du paysage sonore dont émane cette création, paysage inhabituel quant au choix des musiques et à leur ordonnancement : jalon original, il est le reflet direct et purement intuitif de ce qui cristallise la notion de danse pour la chorégraphe Marie-Geneviève Massé.
2. Autre métamorphose, et non moins saisissante : celle de la danse populaire à la danse savante, mutation décisive et déterminante, opérée en Occident durant la première moitié du XVIIe siècle. Les « maîtres à danser » poussés par on ne sait quel besoin d'idéal, préfèrent le parcours du couple ou du soliste à
l'effervescence de la ronde, et « sophistiquent » le geste et le pas, qui l'un et l'autre s'élèvent, s'allègent et se chargent de sens. Aussi le vocabulaire de la danse baroque trouve-t-il dans ce spectacle son absolue pertinence, puisqu'il est le résultat et l'expression même de cette historique transformation, et qu'il
en contient toute l'évolution – comme un mot dont l'étymologie, révélant toutes les variations, en approfondit la saveur et la vitalité.
3. Et puis, répondant à ces métamorphoses initiales, se mêle alors toute une série d'autres, qui sont autant de fils tissés sur la trame originale : métamorphoses continuelles et savoureuses des pas, des gestes, des expressions, entre régions, entre nations, entre générations, entre groupes sociaux ; métamorphoses au sein des musiques, des expressions artistiques de la marionnette, de l'acrobatie et de la danse, et métamorphoses enfin des êtres
eux-mêmes par la danse. On les retrouve en chacun des dix « moments dansés » qui composent le spectacle, et si le clin d'oeil des titres qui leur ont été donnés à posteriori, renvoie bien évidemment à des mues fameuses – Ovide oblige – il doit être entendu comme un avertissement souriant : ici, tout est
mouvement, et l'état premier n'est jamais définitif.
4. Le dispositif scénique, épuré à l'extrême, reflète cet état de transformation permanente : dix écrans blancs translucides et mobiles modifient l'espace du jeu, et offrent aux danseurs, avec le concours omniprésent d'une lumière, elle, très colorée, la possibilité de jouer avec les ombres, les silhouettes, leurs
déformations, distorsions, multiplications et disparitions. Les vêtements, savamment monochromes, sont eux aussi ramenés à l'essentiel, c'est-à-dire à la silhouette – silhouettes des habits féminins et masculins du premier XVIIe, qu'un simple détail coloré, de manche, de chapeau ou de surjupe transforme à leur tour – puisqu'il est dit que rien ici ne demeurera semblable à lui-même…
Vincent Tavernier
Au programme :
G. P. Telemann • A. Vivaldi • Répertoires traditionnels de France, d’Irlande, d’Italie, d’Europe du Nord et de l'Est
Conception : Marie-Geneviève Massé et Vincent Tavernier
Chorégraphie : Marie-Geneviève Massé
Direction musicale : François Lazarevitch
Costumes et éléments visuels : Claire Niquet et Olivier Bériot
Lumières : Carlos Perez
17 artistes sur le plateau :
9 danseurs de la compagnie de danse l'Eventail
Marc Barret, Bruno Benne, Sarah Berreby, Anne-Sophie Berring, Bérengère Bodénan, Emilie Bregougnon, Olivier Collin, Volodia Lesluin, Anna Romani, Marie Blaise
1 soprano et 5 instrumentistes
François Lazarevitch : direction musicale, flûtes baroque, irlandaise, suédoise et serbe, cornemuses
Stéphanie Paulet : violon
Basile Brémaud : violon
Julien Léonard : viole de gambe
André Henrich : théorbe et guitare
1 marionnettiste
Pascale Blaison
Équipe technique
Directeur technique : Bertrand Killy
Régisseur lumière : Carlos Pérez
Habilleuse : Marie-Claude Garcin
Coiffure/maquillage : Véronique Désir
Durée :
1h20 sans entracte
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